Conservation in situ des parents sauvages des cultures par l’amélioration de la gestion de l’information et l’application sur le terrain [Regional]

Le projet « Conservation in situ des parents sauvages des plantes cultivées par une gestion améliorée de l’information et des applications sur le terrain » (GEF ID 1259) est une initiative mondiale d’envergure menée entre 2004 et 2011.

Ce projet a été déployé dans cinq pays pivots pour la biodiversité mondiale : Arménie, Bolivie, Madagascar, Sri Lanka et Ouzbékistan. Son objectif principal était de sécuriser la conservation des ressources génétiques végétales afin de garantir l’amélioration future des cultures face aux défis du changement climatique.

 

Identité du projet

Sources de financement

Type

Année Fiscale d’Approbation

Subvention du FEM

Cofinancement

Instruments Hors Subvention

Frais d’Agence du FEM

Agence de mise en œuvre

Agences d’exécution

Partenaires d’exécution

Pays

Zones d’intervention

Le projet a abouti à l’inscription de plus de 310 espèces sur la Liste rouge de l’UICN et à la création de manuels de conservation in situ utilisés comme modèles mondiaux. Bien que financé par le FEM-3 (GEF ID 1259) et mis en œuvre par le PNUE (et non la Banque mondiale, qui intervient sur d’autres volets de résilience agricole), il reste une référence majeure pour la sécurité alimentaire.

Axe 1 : Conservation et Utilisation Durable

  • Sécuriser la conservation in situ des parents sauvages des cultures (CWR) afin de garantir la pérennité de leur diversité génétique dans leurs habitats naturels.

  • Optimiser l’accessibilité de ces ressources génétiques pour les programmes de sélection et d’amélioration variétale, renforçant ainsi la résilience des cultures face aux stress biotiques et abiotiques (maladies, climat).

 

Axe 2 : Gestion des Connaissances et Coopération

  • Opérationnaliser le Mécanisme de Centre d’Échange (CHM) de la Convention sur la diversité biologique (CDB) pour centraliser et diffuser les données relatives aux CWR.

  • Renforcer les capacités techniques nationales pour assurer un partage d’informations fluide entre les institutions scientifiques, les décideurs et les utilisateurs des ressources phytogénétiques.

Le projet intitulé « In-situ Conservation of Crop Wild Relatives through Enhanced Information Management and Field Application » (Conservation in situ des parents sauvages des plantes cultivées par une gestion améliorée de l’information et des applications sur le terrain) est une initiative mondiale majeure incluant Madagascar.

Réalisé entre 2004 et 2011, ce projet a été financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM-3) à hauteur de 6 126 025 USD, avec un cofinancement de 9 887 574 USD. Mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et coordonné au niveau international par Bioversity International, il a été déployé en Arménie, en Bolivie, à Madagascar, au Sri Lanka et en Ouzbékistan.

À Madagascar, l’initiative a impliqué divers ministères et organismes nationaux, dont l’ARSIE (Association du Réseau des Systèmes d’Information Environnementale) pour la gestion des données. Les efforts se sont concentrés sur les parents sauvages de cultures stratégiques telles que le riz, la banane, l’igname, la vanille et le café. L’objectif était de sécuriser ces ressources génétiques végétales pour l’amélioration future des cultures face aux défis climatiques.

Les résultats majeurs de ce projet incluent la création d’un Portail mondial sur les CWR et la publication d’un Manuel de conservation in situ destiné à guider les praticiens.

Composants et activités clés

  1. Systèmes d’information nationaux et mondiaux : développement d’outils de gestion de données et d’inventaires nationaux pour faciliter l’échange d’informations sur les ressources génétiques végétales.
  2. Renforcement des capacités : formation des institutions locales et des communautés pour améliorer les techniques de conservation in situ et la gestion des données.
  3. Application sur le terrain (Field Application) : mise en œuvre de modèles de gestion dans les aires protégées et en dehors de celles-ci, incluant le suivi des populations et l’évaluation des menaces (telles que le changement climatique).
  4. Politiques et sensibilisation : intégration de la conservation des CWR dans les politiques nationales et sensibilisation des décideurs ainsi que du public à leur importance pour la sécurité alimentaire.
  5. Amélioration des cultures : évaluation du potentiel génétique des espèces sauvages (comme le riz, la banane ou la vanille à Madagascar) pour accroître la résilience des plantes cultivées face aux stress biotiques et abiotiques.

Bénéficiaires

Bénéficiaires et parties prenantes à Madagascar

1. Bénéficiaires institutionnels et techniques

  • Ministères et agences nationales : les départements ministériels malgaches chargés de l’Environnement et de l’Agriculture, qui renforcent leur cadre de gestion des ressources naturelles.

  • Scientifiques et chercheurs : la communauté scientifique nationale et internationale, qui bénéficie d’un accès facilité aux données via le portail mondial des CWR et de protocoles de conservation in situ standardisés.

  • Sélectionneurs (breeders) : ils disposent de nouvelles ressources génétiques pour accroître la tolérance des cultures stratégiques (riz, banane, igname, vanille, café) face aux stress climatiques et biotiques.

 

2. Bénéficiaires finaux et indirects

  • Communautés locales : les populations riveraines des zones de conservation, qui profitent durablement de la préservation des ressources nécessaires à leur alimentation et à leurs revenus.

  • Sécurité alimentaire mondiale : en sauvegardant les variétés sauvages endémiques de Madagascar, le projet garantit la résilience des systèmes alimentaires globaux face aux changements climatiques.

 

3. Partenaires internationaux et collaborations

  • Des organisations telles que la FAO, l’UICN et le PNUE-WCMC exploitent les résultats du projet pour consolider les outils mondiaux de gestion de l’information sur la biodiversité.

Indicateurs environnementaux

Conservation in situ et gestion des ressources

  • Superficie et intégrité des habitats : nombre d’hectares de forêts sèches, de fourrés épineux et de zones côtières (mangroves) gérés de manière durable au sein des sites de référence, tels que les Zones d’Action pour la Protection (ZAAP).

  • Conservation des espèces : nombre de populations de parents sauvages de cultures (Crop Wild Relatives – CWR) identifiées, cartographiées et protégées in situ dans les sites clés (à Madagascar, cela concerne notamment 13 sites de référence incluant des forêts et des écosystèmes côtiers).

  • Système d’information : niveau de fonctionnalité de la base de données nationale et régionale dédiée aux ressources génétiques et aux CWR.

Indicateurs socio-économiques

1. Revenus des communautés et économie verte

  • Création d’emplois verts : nombre de postes générés au sein des communautés locales pour la surveillance des sites, le guidage écotouristique et la collecte de données scientifiques.

  • Valorisation durable de la biodiversité : augmentation des revenus grâce à l’exploitation contrôlée des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL). À Madagascar, cela inclut souvent le miel de forêt, les plantes médicinales et les fibres naturelles, permettant de réduire la pression sur les ressources génétiques des CWR (parents sauvages des cultures).

2. Renforcement des capacités et gouvernance locale

  • Gestion participative : nombre de communautés locales activement impliquées dans la cogestion des Zones d’Action pour la Protection (ZAAP) et des nouvelles aires protégées.

  • Planification territoriale : utilisation des inventaires de CWR par les autorités locales et les communes pour orienter l’aménagement du territoire, évitant ainsi la destruction des habitats critiques par l’extension agricole ou minière.

3. Sécurité alimentaire et résilience climatique

  • Adaptation aux changements climatiques : amélioration de la résilience des systèmes agricoles, particulièrement dans les régions vulnérables du Grand Sud (Androy, Anosy).

  • Banques de gènes vivantes : maintien de « réserves génétiques » directement dans les champs et les forêts, permettant aux agriculteurs d’accéder à des traits de résistance (sécheresse, salinité) présents chez les ancêtres sauvages du riz, de l’igname ou de la banane.

 

Suivi et Sauvegardes

Ces indicateurs sont rigoureusement suivis à travers le Système de Gestion Environnementale et Sociale (SGES). Ce cadre garantit que :

  1. Les interventions minimisent les risques de déplacement ou de perte d’accès aux ressources pour les populations.

  2. Le capital naturel est renforcé par une gestion qui équilibre conservation stricte et besoins de subsistance.

  3. Le partage des bénéfices découlant de l’utilisation des ressources génétiques est équitable (en lien avec le Protocole de Nagoya).

 

Note technique : Pour Madagascar, ce projet a été crucial car l’île abrite des espèces sauvages uniques (comme des caféiers sans caféine ou des vanilles résistantes) qui n’existent nulle part ailleurs.

Facteurs de succès

Partenariats multisectoriels : le projet a mobilisé plus de 60 agences nationales et internationales, créant une synergie inédite entre les ministères (Environnement, Agriculture), les universités, les herbiers nationaux et les communautés locales. Cette approche a permis de briser les silos entre le monde de la recherche et celui de la gestion forestière.

Gestion avancée de l’information : le développement du Portail mondial des CWR (Crop Wild Relatives Global Portal) a été une avancée technologique majeure. Il a permis de centraliser les données de biodiversité autrefois dispersées, facilitant une prise de décision basée sur des preuves scientifiques solides pour la gestion des ressources génétiques.

 

Priorisation stratégique des espèces : Madagascar a identifié des zones prioritaires pour la conservation de parents sauvages de cultures vitales. Le choix s’est porté sur des espèces à haute valeur économique et alimentaire : le riz, la banane, l’igname, la vanille et le café, garantissant ainsi l’intérêt des décideurs politiques.

Intégration dans les aires protégées : l’un des plus grands succès a été l’adaptation des plans de gestion des réserves existantes (gérées notamment par Madagascar National Parks). Au lieu de créer de nouvelles structures, le projet a intégré la protection des populations de CWR dans les mandats de conservation déjà en place.

Analyses de menaces et modélisation : l’utilisation d’outils de modélisation de niche climatique a permis d’anticiper l’impact du changement climatique. Ces études ont orienté les actions vers les zones de « refuge » où ces espèces ont le plus de chances de survivre à long terme.

 

Impact et héritage

Le projet a laissé une empreinte indélébile sur la conservation mondiale :

  • Évaluation de la menace : les travaux de terrain ont permis l’inscription et la mise à jour de plus de 310 espèces sur la Liste rouge de l’UICN, révélant la vulnérabilité critique de nombreux parents sauvages.

  • Standardisation mondiale : la publication du « Manuel de conservation in situ des parents sauvages des cultures » est devenue la référence mondiale, utilisée par les praticiens du monde entier pour concevoir leurs propres programmes.

  • Clarification institutionnelle : bien que souvent confondu avec des initiatives de la Banque mondiale en raison de la thématique de la résilience, il est impératif de rappeler que ce projet a été exclusivement financé par le FEM-3 (GEF ID 1259) et mis en œuvre par le PNUE (UNEP).

Héritage pour Madagascar : Ce projet a permis de démontrer que les forêts malgaches ne sont pas seulement des réservoirs de lémuriens ou d’orchidées, mais de véritables « coffres-forts » génétiques indispensables pour nourrir l’humanité demain.

Défis et adaptations

Défis majeurs

  • Perte d’habitats : la déforestation liée à l’agriculture itinérante et à l’exploitation des ressources forestières menace directement les populations sauvages de riz, de banane, de vanille et de café.

  • Lacunes de données : initialement, le manque d’informations précises sur la distribution spatiale et le statut de menace des CWR (parents sauvages des cultures) rendait la planification difficile.

  • Conflits d’usage : les contradictions entre les politiques agricoles (axées sur la production immédiate) et environnementales (conservation à long terme) créent des obstacles à une gestion intégrée.

  • Changement climatique : l’augmentation des températures et l’irrégularité des précipitations modifient les aires de répartition naturelles des espèces, rendant certaines zones de protection actuelles obsolètes.

Adaptations et réponses

  • Amélioration de l’information : création d’un Portail mondial des CWR et réalisation d’analyses de lacunes (gap analysis) pour identifier les points chauds (hotspots) de diversité à Madagascar.

  • Priorisation des taxons : focalisation sur cinq cultures clés pour Madagascar (riz, banane, igname, vanille et café) afin d’optimiser l’utilisation des ressources limitées.

  • Intégration dans les aires protégées : adaptation des plans de gestion des réserves naturelles existantes pour y inclure spécifiquement la conservation génétique des CWR, évitant ainsi les coûts liés à la création de nouveaux sites.

  • Approche multisectorielle : mise en place de partenariats entre les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, les herbiers nationaux et les communautés locales pour assurer la survie des espèces sur le terrain.

Innovation et bonnes pratiques

Innovations clés

  • Interopérabilité des données : mise en place d’outils numériques performants pour structurer les données nationales et les interconnecter au Portail mondial des CWR. Cette innovation facilite l’accès des chercheurs aux ressources génétiques nécessaires à l’amélioration des variétés cultivées.

  • Analyses éco-géographiques : réalisation d’études de cartographie de pointe pour identifier les « points chauds » (hotspots) de diversité (riz, banane, igname, vanille, café) et modéliser les menaces climatiques pesant sur ces zones.

  • Standardisation des savoirs : élaboration du Manuel de conservation in situ, un guide méthodologique de référence qui traduit les concepts scientifiques en protocoles pratiques pour les gestionnaires de terrain.

Bonnes pratiques

  • Gouvernance collaborative : mobilisation de partenariats élargis impliquant plus de 60 institutions (agences internationales, ministères, universités, herbiers nationaux et communautés locales).

  • Optimisation des infrastructures : établissement de réserves génétiques au sein des aires protégées existantes. Cette stratégie permet de réduire les coûts opérationnels tout en bénéficiant d’un cadre de protection légale immédiat.

  • Hiérarchisation scientifique : utilisation d’analyses de risques climatiques pour prioriser les actions de sauvegarde sur les taxons les plus vulnérables.

  • Orientation vers la résilience alimentaire : évaluation systématique des traits génétiques des espèces sauvages pour renforcer la tolérance des cultures face aux stress biotiques (ravageurs, maladies) et abiotiques (sécheresse, salinité).