SIP : Gestion des bassins versants

Le projet BV-PI vise à augmenter durablement la productivité agricole à Madagascar en liant contractuellement la protection des bassins versants en amont à la performance des périmètres irrigués en aval. Cette approche intégrée et participative cible quatre pôles de croissance pour améliorer les revenus de 70 000 ménages ruraux tout en restaurant les fonctions écologiques critiques d’écosystèmes d’importance mondiale.

Identité du projet

Sources de financement

Type

Année Fiscale d’Approbation

Subvention du FEM

Cofinancement

Instruments Hors Subvention

Frais d’Agence du FEM

Agence de mise en œuvre

Agences d’exécution

Partenaires d’exécution

Pays

Zones d’intervention

Le projet BV-PI intervient dans 4 zones géographiques spécifiques de Madagascar, appelées « pôles de croissance » ruraux, sélectionnées pour leur haut potentiel de production agricole et la présence de grands périmètres irrigués publics.
Voici les détails sur ces quatre zones d’intervention :
Andapa (Région Sava) : Situé dans le nord-est, ce site comprend le bassin versant de la rivière Lokoho. Il est caractérisé par une vaste plaine cultivée de 18 000 ha, entourée de reliefs montagneux et de forêts denses, incluant le Parc National de Marojejy et la Réserve Spéciale d’Anjanaharibe Sud.
Marovoay (Région Boeny) : Située au nord-ouest, à environ 80 km de Mahajanga, la plaine de Marovoay est une zone de production rizicole d’importance nationale majeure située dans le delta de la rivière Betsiboka. Elle est composée de 13 secteurs d’irrigation indépendants.
Région de l’Itasy : Située à environ 100 km à l’ouest d’Antananarivo, cette zone se concentre autour du Lac Itasy. Elle regroupe une « grappe » de plusieurs périmètres irrigués autonomes tels qu’Ifanja, Mangabe, Analavory et Ampary, couvrant un total d’environ 4 460 ha.
Lac Alaotra (Région Alaotra Mangoro) : L’intervention se focalise plus précisément sur le périmètre irrigué de Sahamaloto (6 400 ha développés). Le bassin versant du Lac Alaotra est un site RAMSAR de renommée mondiale pour sa biodiversité, bien que confronté à une forte pression démographique et à une érosion importante (lavakas).
Ces sites ont été choisis en fonction de leur accessibilité, de la disponibilité de services d’appui agricole et de leur potentiel d’augmentation de la productivité via une meilleure gestion de l’eau. Chacune de ces zones fait l’objet d’un schéma directeur d’aménagement spécifique dans le cadre du projet. @source thegefProject ID 3373

L’objectif principal de développement du projet est d’augmenter durablement la productivité et la production agricoles dans quatre bassins versants à haut potentiel et leurs périmètres irrigués associés. Pour cette première phase, il s’agit de poser les bases d’une agriculture irriguée viable et d’une gestion efficace des ressources naturelles dans quatre zones spécifiques : Andapa (Sava), Marovoay (Boeny), la région de l’Itasy et le Lac Alaotra (Alaotra Mangoro).

Sur le plan environnemental mondial, le projet vise à restaurer et maintenir les fonctions critiques des écosystèmes dans ces bassins versants en réduisant et en prévenant la dégradation des terres.

Le projet BV-PI est une opération intégrée financée par la Banque mondiale (IDA) et le Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF). Il s’attaque au cycle vicieux de la faible productivité et de la dégradation environnementale par une approche équilibrée entre investissements physiques et réformes institutionnelles.

Le projet s’articule autour de quatre composantes principales :

  • Développement de l’agriculture commerciale : Cette composante vise à améliorer l’accès aux marchés et à intensifier les systèmes de production irrigués et pluviaux. Elle soutient les services agricoles, les infrastructures de stockage et encourage l’investissement privé par des mécanismes de partage des coûts (subventions de contrepartie).
  • Développement de l’irrigation : L’accent est mis sur la réhabilitation d’environ 30 000 hectares d’infrastructures hydrauliques. La gestion et la maintenance sont transférées à des Associations d’Usagers de l’Eau (AUE) renforcées, liées par des contrats de performance avec l’État et les communes.
  • Développement des bassins versants : Le projet promeut une gestion durable des sols pour réduire l’érosion et l’ensablement des périmètres irrigués en aval. Il encourage l’adoption de techniques agro-écologiques et agroforestières, tout en sécurisant les droits fonciers via des « guichets fonciers » communaux.
  • Gestion du programme : Cette composante assure la coordination nationale et régionale, le suivi-évaluation (utilisant notamment l’imagerie satellite) et le soutien aux politiques sectorielles (engrais, semences).

Le concept repose sur la participation effective de la population, la clarification des responsabilités de chaque acteur (État, communes, usagers) et l’établissement d’un cadre incitatif pour l’intensification agricole. Le projet cible environ 30 000 ménages de petits exploitants irrigués et 40 000 ménages pratiquant l’agriculture pluviale.

Le projet BV-PI s’articule autour de 4 composantes principales visant à intégrer le développement agricole et la gestion durable des terres (Sustainable Land Management – SLM). Le GEF soutient spécifiquement les activités qui génèrent des bénéfices environnementaux mondiaux, en complément des investissements de l’IDA.

Composante 1 : Développement de l’Agriculture Commerciale

Cette composante vise l’intensification, la commercialisation et la diversification des chaînes de valeur agricoles.

  • Activités principales :
    • Appui aux services et infrastructures agricoles : Établissement de Centres de Services Agricoles (CSA) dans les quatre districts pour servir d’interface entre l’offre et la demande de services.
    • Promotion des pratiques agro-écologiques : Formation de 5 000 ménages aux techniques agro-écologiques et agroforestières (gestion de la matière organique, rotations améliorées, cultures de couverture).
    • Appui à l’investissement privé : Mise en place d’un mécanisme de subventions de contrepartie (matching grants) pour financer des initiatives privées ou collectives liées au stockage, à la transformation et à l’innovation agricole.
    • Sécurisation foncière : Création de « guichets fonciers » communaux pour régulariser les droits de propriété non titrés et sécuriser les contrats de métayage.

Composante 2 : Développement de l’Irrigation

Financée principalement par l’IDA, cette composante se concentre sur la gestion et la durabilité des services d’irrigation.

  • Activités principales :
    • Réhabilitation des infrastructures : Travaux sur environ 21 780 à 30 000 hectares de périmètres irrigués.
    • Renforcement institutionnel : Appui à la création et à la formation de 30 Associations d’Usagers de l’Eau (AUE).
    • Contractualisation : Signature de Contrats de Performance entre les AUE, les communes, les régions et le ministère (MAEP) pour clarifier les rôles et assurer l’entretien des réseaux.
    • Financement durable : Mise en place du Fonds d’Entretien des Réseaux Hydro-Agricoles (FERHA).

Composante 3 : Développement des Bassins Versants

C’est le cœur de l’intervention du GEF, visant à protéger les bassins versants contre l’érosion tout en améliorant les moyens de subsistance.

  • Activités principales :
    • Planification participative : Élaboration de 4 schémas directeurs d’aménagement et de 8 plans participatifs de sous-bassins versants impliquant les communautés locales.
    • Lutte anti-érosive : Mise en œuvre de 145 interventions sur les « points chauds » d’érosion (lavaka) par des méthodes biologiques et mécaniques pour réduire l’ensablement en aval.
    • Gestion communautaire des ressources : Transfert de gestion des ressources naturelles (forêts, pâturages) aux communautés locales via des contrats de type GELOSE (Gestion Locale Sécurisée).
    • Restauration de la couverture végétale : Reboisement, régénération naturelle et amélioration des pâturages sans brûlage.

Composante 4 : Gestion du Programme et Appui aux Politiques

Cette composante assure la coordination nationale et le cadre politique favorable à l’extension du modèle.

  • Activités principales :
    • Gestion et coordination : Planification, gestion financière, passation de marchés et audits techniques/financiers annuels.
    • Appui aux politiques nationales : Développement de stratégies nationales pour l’approvisionnement en intrants, la législation sur les semences et le cadre d’investissement SLM.
    • Suivi et Évaluation (S&E) : Utilisation de l’imagerie satellite et du SIG pour suivre les indicateurs environnementaux mondiaux (séquestration du carbone, biodiversité, couverture végétale).

L’approche globale du projet repose sur la participation effective des populations et la contractualisation des engagements entre les différents acteurs (État, communes, usagers).

Bénéficiaires

Le projet cible une large base d’acteurs dans les quatre zones d’intervention (Andapa, Marovoay, Itasy et Lac Alaotra) :

  • Ménages ruraux : Environ 30 000 ménages de petits exploitants produisant des cultures irriguées et environ 40 000 ménages pratiquant des cultures pluviales.
  • Organisations professionnelles : Les groupements de producteurs (ex: producteurs de semences) et environ 30 Associations d’Usagers de l’Eau (AUE) bénéficiant de renforcements de capacités.
  • Secteur privé : Les opérateurs privés fournissant des services, vendant des produits ou intervenant dans les fonctions de la chaîne de valeur.
  • Collectivités : Les communes et régions impliquées dans la gestion foncière et les infrastructures de marché.

Indicateurs environnementaux

Les indicateurs de l’objectif environnemental mondial visent à restaurer et maintenir les fonctions des écosystèmes :

  • Gestion durable des terres (SLM) : Augmentation de 20 % de la superficie des terres sous gestion durable dans les zones cibles sur 4 ans. Cet indice inclut le reboisement géré, l’amélioration des pâturages et l’adoption de techniques agro-écologiques.
  • Couverture végétale : Augmentation de 15 % de la couverture végétale (biomasse) en 4 ans.
  • Lutte contre les feux : Réduction de 30 % des surfaces brûlées dans les zones cibles sur 7 ans.
  • Services écosystémiques : Réduction de l’érosion et de la sédimentation en aval, augmentation de la séquestration du carbone et protection des habitats naturels critiques (forêts primaires, zones humides, lacs).

Indicateurs socio-économiques

Le projet utilise plusieurs indicateurs pour mesurer l’impact sur la productivité et les conditions de vie :

  • Productivité agricole : Augmentation moyenne de 50 % de la production agricole (irriguée et pluviale) dans les quatre sites.
  • Rendements du riz (Objectifs de fin de projet) :
    • Riz irrigué : Passage de 2,0 à 3,5 MT/ha (Andapa et Marovoay), de 3,5 à 5,0 MT/ha (Lac Alaotra) et de 3,0 à 4,5 MT/ha (Itasy).
    • Riz pluvial : Augmentation de 1,5 à 2,25 MT/ha pour l’ensemble des sites.
  • Diversification et commercialisation :
    • Augmentation de 25 % des superficies cultivées en cultures non rizicoles et en contre-saison.
    • Augmentation du ratio de la production agricole commercialisée par les ménages locaux.
    • Nombre de contrats de partenariat signés entre producteurs et distributeurs agro-industriels.
  • Gestion de l’eau :
    • 100 % des coûts de fonctionnement et d’entretien (O&M) couverts par les redevances collectées auprès des usagers à la fin du projet.
    • Signature de Contrats de Performance de deuxième phase avec 100 % des AUE.
  • Accès aux services : Nombre de bénéficiaires ayant accès à des technologies innovantes (objectif de 30 000) et volume de crédit alloué à l’investissement agricole par les institutions de microfinance.

Facteurs de succès

Le projet s’appuie sur les leçons tirées des échecs passés pour définir les conditions nécessaires à la réussite de l’intensification agricole :

  • Approche intégrée « Bassin Versant – Périmètre Irrigué » (BV-PI) : La réussite repose sur une approche « gagnant-gagnant » liant la protection de l’amont (conservation des sols et des ressources naturelles) à la productivité de l’aval (réduction de l’ensablement des périmètres irrigués).
  • Cadre institutionnel clair et sans ambiguïté : La réussite dépend de la clarification des rôles et responsabilités entre l’État, les Régions, les Communes, les usagers de l’eau et le secteur privé, en accord avec les politiques de décentralisation.
  • Environnement économique incitatif : Pour que les paysans s’investissent, il faut un accès sécurisé aux marchés, une politique de prix attractive pour les produits et les intrants, et un accès aux services financiers ruraux.
  • Sécurisation foncière : La garantie des droits de propriété et la sécurisation des contrats de métayage sont jugées indispensables pour encourager les investissements productifs à long terme.
  • Participation effective et respect des engagements : Le succès exige que les acteurs participent pleinement à la prise de décision et que des mécanismes de « carotte et de bâton » soient en place pour assurer le respect des contrats de performance (O&M).
  • Renforcement des capacités : L’accent est mis sur la formation de tous les acteurs pour qu’ils puissent assumer leurs nouvelles responsabilités, notamment les Associations d’Usagers de l’Eau (AUE).

Défis et adaptations

Le projet BV-PI à Madagascar fait face à des défis structurels, environnementaux et institutionnels majeurs, tirés des leçons de l’échec des interventions passées. Pour y répondre, il propose des adaptations basées sur une approche intégrée et contractuelle.

1. Défis Institutionnels et de Gouvernance

  • Défis : Les interventions passées ont souffert d’un manque de clarté dans les responsabilités, d’un manque de maintenance des infrastructures (vicious circle), et d’une approche trop centralisée (« top-down »). L’insécurité foncière (métayage, absence de titres) décourageait également les investissements productifs.
  • Adaptations :
    • Contractualisation : Mise en place de Contrats de Performance annuels liant les Associations d’Usagers de l’Eau (AUE), les Communes et l’État pour clarifier les rôles et conditionner les investissements aux résultats.
    • Sécurisation foncière : Création de guichets fonciers communaux pour régulariser les droits de propriété et sécuriser les contrats de métayage.
    • Recentrage de l’État : L’État se concentre sur ses fonctions régaliennes (politiques, normes), tandis que les services agricoles et la gestion des périmètres sont transférés au secteur privé et aux usagers.

2. Défis Environnementaux et Climatiques

  • Défis : La dégradation des bassins versants amont (érosion, feux de brousse, déforestation) entraîne l’ensablement des canaux et des rizières en aval. De plus, Madagascar est extrêmement vulnérable aux cyclones, qui détruisent régulièrement les infrastructures hydrauliques.
  • Adaptations :
    • Approche intégrée BV-PI : Le projet lie contractuellement la protection de l’amont (bassins versants) à la productivité de l’aval (périmètres irrigués).
    • Résilience aux cyclones : Opérationnalisation du Fonds d’Entretien des Réseaux Hydro-Agricoles (FERHA) pour financer les réparations d’urgence après les catastrophes et conception d’infrastructures plus résistantes.
    • Techniques agro-écologiques : Promotion du semis direct sous couverture végétale permanente (SCV) pour restaurer la fertilité des sols et limiter le ruissellement.

3. Défis Socio-économiques et Techniques

  • Défis : La pauvreté rurale extrême limite la capacité des agriculteurs à payer les redevances d’entretien. Les services de vulgarisation traditionnels ont échoué par manque de pertinence économique et de moyens.
  • Adaptations :
    • Centres de Services Agricoles (CSA) : Création de CSA gérés par les organisations de producteurs pour assurer que les services répondent à la demande réelle des paysans.
    • Incitations au marché : Le projet ne se contente pas de réhabiliter les infrastructures ; il appuie la transformation et l’accès aux marchés pour augmenter les revenus des ménages, améliorant ainsi leur capacité à payer pour l’O&M.
    • Subventions de contrepartie (Matching Grants) : Utilisation d’un mécanisme de partage des coûts (20 % à 80 % de subvention) pour stimuler l’investissement privé local tout en évitant la dépendance aux aides gratuites.

4. Risques Spécifiques et Mesures de Sauvegarde

  • Flux migratoires : Le succès du projet pourrait attirer des migrants, augmentant la pression sur les terres fragiles et les zones protégées. Le projet adapte sa stratégie par le zonage foncier et le transfert de gestion aux communautés locales (GELOSE) pour créer une « clôture sociale ».
  • Santé publique : L’irrigation favorise la propagation de maladies hydriques (paludisme, bilharziose). Le Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) inclut des mesures de suivi sanitaire et d’amélioration des points d’eau potable.
  • Utilisation des intrants : L’intensification agricole risque d’augmenter l’usage de pesticides polluant les lacs (ex: Lac Alaotra). Un Plan de Gestion des Pestes et Pesticides (PPMP) est mis en œuvre pour promouvoir la lutte intégrée et former les paysans à un usage responsable.

Innovation et bonnes pratiques

Le projet introduit plusieurs mécanismes innovants pour rompre le « cycle vicieux » de la faible productivité :

  • Techniques agro-écologiques et SCV : L’introduction du semis direct sur couverture végétale permanente (SCV) est une innovation majeure pour l’agriculture sur les collines (tanety), permettant de restaurer la fertilité des sols et de limiter l’érosion à moindre coût.
  • La Contractualisation (Contrats de Performance) : Au lieu de simples aides, le projet utilise des Contrats de Performance annuels signés entre les AUE, les communes et l’État. Ces contrats conditionnent les investissements physiques à la performance des usagers en matière de gestion et de paiement des redevances d’entretien.
  • Centres de Services Agricoles (CSA) : Contrairement aux anciens services de vulgarisation rigides, les CSA servent d’interface gérée par les producteurs eux-mêmes pour faire le lien entre la demande des paysans et l’offre de services techniques privés.
  • Mécanisme de Subventions de Contrepartie (Matching Grants) : Pour stimuler l’investissement privé sans créer de dépendance, le projet finance entre 20 % et 80 % des projets (stockage, transformation, innovation) initiés par des agriculteurs ou des opérateurs, le reste étant payé par les bénéficiaires.
  • Guichets Fonciers Communaux : Une pratique novatrice consiste à décentraliser la gestion foncière au niveau des communes pour régulariser les droits non titrés (« petits papiers ») et sécuriser les métayers.
  • Suivi par Imagerie Satellite et SIG : L’utilisation de la télédétection et du Système d’Information Géographique (SIG) pour identifier les « points chauds » d’érosion (lavaka) et suivre l’évolution de la couverture végétale au niveau national et régional.
  • Partenariats Stratégiques spécialisés : Le projet délègue certaines activités de terrain à des partenaires déjà implantés et experts (ex : WWF pour la conservation à Andapa, Durrell au Lac Alaotra, PLAE pour la lutte anti-érosive à Marovoay).
  • Recentrage de l’État : Le projet n’a pas d’Unité de Gestion de Projet isolée ; il renforce les structures existantes du ministère (MAEP) et des directions régionales (DRDR) pour assurer la durabilité institutionnelle.