Programme Environnemental III ou PE III (2001-2005)

Le Programme Environnemental III (PE III) a marqué une étape décisive dans la préservation du capital naturel de Madagascar en intégrant la biodiversité au développement économique. À travers le transfert de gestion vers les communautés locales et l’utilisation de contrats sociaux (dinas), le projet a sécurisé la protection des forêts et des mangroves. Cette phase a permis de poser les bases d’un financement durable pour les aires protégées tout en renforçant la gouvernance environnementale nationale. Son succès repose sur une approche participative exemplaire, particulièrement efficace dans les écosystèmes fragiles du Nord-Est et de la région de Toliara.

Identité du projet

Sources de financement

Type

Année Fiscale d’Approbation

Subvention du FEM

Cofinancement

Instruments Hors Subvention

Frais d’Agence du FEM

Agence de mise en œuvre

Agences d’exécution

Partenaires d’exécution

Pays

Zones d’intervention

Pour garantir que les efforts de conservation ne s’arrêtent pas à la fin des financements extérieurs, le PE III a mis en œuvre des mécanismes innovants visant à rendre la gestion environnementale plus autonome, efficace et collaborative. Cette approche repose sur trois piliers stratégiques :

  • Mise en place de financements durables : L’objectif est de sortir de la dépendance exclusive aux subventions ponctuelles. Cela passe par la création et la capitalisation de fonds fiduciaires (comme la Fondation pour les Aires Protégées et la Biodiversité de Madagascar – FAPBM), ainsi que par le développement de l’écotourisme. Ces mécanismes permettent de générer des revenus réutilisés directement pour la surveillance des parcs et le développement des communautés riveraines.

  • Autonomisation des actions environnementales : Plutôt que de dépendre d’une gestion centralisée, le programme a favorisé l’autonomie des structures locales et des gestionnaires de sites. En renforçant les compétences techniques et en simplifiant les procédures de prise de décision, les acteurs de terrain deviennent capables de planifier, d’exécuter et de suivre leurs propres plans de gestion sans intervention systématique de l’État.

  • Renforcement des partenariats : La protection de l’environnement est conçue comme un effort transversal. Le PE III a consolidé les liens entre le gouvernement, les ONG internationales (comme Conservation International ou WWF), le secteur privé et la société civile. Ces alliances permettent de mutualiser les ressources, de partager les expertises techniques et d’aligner les projets de développement économique avec les impératifs de conservation.

Le Programme Environnemental Phase III (PE III) à Madagascar, soutenu notamment par le FEM (Fonds pour l’Environnement Mondial) et le PNUD, cible prioritairement les zones à haute biodiversité, telles que les écosystèmes forestiers et les mangroves. Ce projet, dont l’un des volets majeurs s’intitule « Appui au réseau d’aires protégées et aux zones stratégiques », a été opérationnel sur la période 2004-2009 (faisant suite aux phases précédentes initiées dès 1991).

Le programme met l’accent sur le transfert de gestion des ressources naturelles aux communautés locales afin d’assurer une conservation durable. Les interventions se concentrent sur la gestion rationnelle des ressources, incluant les mangroves et les zones de pêche, particulièrement dans le Nord-Est et la région de Toliara.

La stratégie repose sur trois piliers : l’appropriation locale, la décentralisation et l’implication des communautés. Le renforcement du cadre juridique, la promotion d’emplois verts et l’utilisation des Dina (pactes sociaux coutumiers) garantissent la durabilité des actions. In fine, le PE III visait à mieux intégrer l’environnement dans les politiques sectorielles tout en sécurisant le capital naturel de l’île.

Composants et activités clés

Le PE III constitue la phase de consolidation du Plan National d’Action Environnementale à Madagascar. Son ambition est de concilier durablement la préservation de la biodiversité exceptionnelle de l’île avec le développement économique des populations rurales. Pour y parvenir, le programme s’articule autour de 4  axes stratégiques majeurs :

  • Gestion durable des ressources et conservation : Appui au réseau d’aires protégées et promotion de modes de gestion durable des ressources naturelles renouvelables (forêts, zones côtières).

  • Transfert de gestion communautaire : Renforcement du transfert des droits de gestion des ressources aux communautés locales, notamment à travers les conventions locales (« dinas ») pour la gestion des mangroves et des ressources côtières.

  • Renforcement des capacités et gouvernance : Amélioration des capacités nationales pour la protection de l’environnement, coordination des acteurs et mise en place d’un système d’information environnemental.

  • Gestion des connaissances : Capitalisation des expériences, revue de la littérature sur la gestion durable des ressources naturelles (GDRN) et mise en place de protocoles de collecte de données.

Composante Focus Principal
Système d’Aires Protégées Consolidation de la gestion des parcs et expansion vers de nouvelles catégories de protection.
Gestion des Forêts Transfert de gestion aux communautés locales (GELOSE/GCF) pour réduire la déforestation.
Investissements Ruraux Soutien aux pratiques agricoles qui préservent les bassins versants et préviennent l’érosion.
Appui Institutionnel Modernisation du Ministère de l’Environnement et de l’Office National pour l’Environnement (ONE).

Bénéficiaires

Le succès du PE III repose sur une approche inclusive impliquant une grande diversité d’acteurs. En plaçant les populations locales au cœur de la stratégie, le programme assure une transition entre la protection théorique et une gestion concrète et partagée du patrimoine naturel. Les principaux bénéficiaires se répartissent comme suit :

  • Communautés locales : Elles occupent une place centrale en bénéficiant directement du transfert de gestion des ressources naturelles (forêts, mangroves et ressources côtières), leur permettant de devenir les premiers gardiens de leur environnement.

  • Structures de gestion communautaire : Présentes notamment dans le Nord-Est et la région de Toliara, ces organisations sont consolidées par l’application des « dinas » (pactes sociaux), qui formalisent les règles de gestion et les sanctions au niveau villageois.

  • Acteurs des Aires Protégées : Cela inclut les gestionnaires de sites ainsi que les populations riveraines situées dans les Zones d’Appui aux Aires Protégées (ZAAP), où des projets de développement sont menés pour compenser les restrictions d’usage.

  • Institutions nationales et locales : Le programme renforce les capacités techniques et administratives des entités étatiques et régionales pour assurer une meilleure gouvernance de la Gestion Durable des Ressources Naturelles (GDRN).

Indicateurs environnementaux

Gestion des aires protégées et mangroves : Nombre de hectares de mangroves et forêts sous gestion communautaire active.

Taux de déforestation : Réduction des feux de brousse et de la conversion des forêts.

Restauration des habitats : Suivi de la régénération des écosystèmes côtiers et forestiers sur les sites pilotes (ex: Toliara, Nord-Est).

Types de pêche : Suivi des techniques de pêche et équipements utilisés pour éviter l’exploitation destructive.

Indicateurs socio-économiques

Indicateurs de Suivi : Communautés et Gouvernance

Pour mesurer l’efficacité du programme sur le terrain, le PE III s’appuie sur des indicateurs précis liés à l’implication citoyenne et à la structure sociale. Cette section évalue comment la décentralisation de la gestion environnementale se traduit concrètement en termes d’autonomie et de bénéfices pour les populations locales:

  • Transfert de gestion : Nombre d’institutions communautaires fonctionnelles (comme les associations de base ou VOI) créées et légalement reconnues pour gérer les ressources naturelles.

  • Application du droit local : Nombre de « dinas » (pactes sociaux) élaborés, homologués et mis en vigueur par les communautés pour réguler l’accès aux ressources.

  • Revenus communautaires : Mesure de l’impact des activités de gestion durable (pêche responsable, agriculture de conservation, écotourisme) sur l’amélioration des moyens de subsistance des ménages ruraux.

  • Participation et inclusion : Niveau d’engagement des organisations de la société civile locale et des bénéficiaires directs dans les processus de prise de décision et de planification territoriale.

Facteurs de succès

Transfert de gestion aux communautés : La décentralisation de la gestion des ressources naturelles (mangroves, forêts) a responsabilisé les acteurs locaux.

Utilisation des Dina : L’élaboration de contrats sociaux locaux a permis de régir l’utilisation des ressources et de limiter la dégradation.

Approche intégrée : La conciliation entre la conservation de la biodiversité et le développement socio-économique (emplois verts, chaînes de valeur).

Renforcement institutionnel : L’amélioration des outils de gestion et du cadre juridique a soutenu la pérennisation des acquis.

Gouvernance locale : Le succès du transfert de droits dans certaines régions a renforcé les structures communautaires. 

Le PE3 a ainsi contribué à l’adoption de modes de gestion durable et à la pérennisation de la gestion rationnelle des ressources environnementales à Madagascar.

Défis et adaptations

Défis principaux du PE3 

Pression anthropique et pauvreté : Forte dépendance des communautés aux ressources naturelles, menant à la déforestation, l’agriculture sur brûlis et la dégradation des sols.

Accès libre et gestion des ressources : Réticence de certains pêcheurs côtiers à structurer leurs activités, compliquant la gestion durable, notamment dans la région de Toliara.

Contexte institutionnel : Nécessité d’améliorer la gouvernance, la décentralisation l’application des lois environnementales.

Vulnérabilité climatique : Madagascar est hautement exposé aux cyclones et sécheresses, compliquant la conservation.

Adaptations et stratégies de mise en oeuvre

Gestion communautaire (GELOSE/GCF) : Le projet a fortement encouragé le transfert de gestion des ressources aux communautés locales, notamment pour les forêts et les mangroves, ce qui a permis de réduire les coupes destructives.

Utilisation des « Dina » : Mise en place de contrats sociaux (dina) pour réglementer les techniques de pêche et d’exploitation forestière.

Renforcement des capacités : Appui aux organisations locales pour la gestion durable et la création de structures de gestion communautaire, comme observé dans le Nord-Est.

Approche intégrée : Le PE3 a cherché à concilier la conservation avec le développement de moyens de subsistance alternatifs durables pour les populations. 

Le PE3 a ainsi agi comme un catalyseur pour l’implication des communautés dans la gestion durable des ressources naturelles, malgré un contexte difficile.

Innovation et bonnes pratiques

Stratégies d’Intervention et de Mise en Œuvre

Le PE III a adopté une approche pragmatique, centrée sur le lien indissociable entre l’homme et son milieu naturel. En combinant des outils juridiques traditionnels et des méthodes de gestion modernes, le projet a structuré ses interventions autour de cinq axes stratégiques pour garantir une protection efficace des écosystèmes fragiles :

  • Transfert de gestion : Habilitation des communautés locales à gérer directement leurs ressources, notamment les mangroves et les récifs coralliens. Ce processus s’appuie sur des contrats sociaux (« dinas ») qui permettent de réguler et de contrôler strictement les techniques de pêche.

  • Approche paysagère : Ciblage de 13 sites de référence représentatifs de la biodiversité malgache (récifs, mangroves, forêts sèches) pour mettre en œuvre une gestion intégrée et cohérente à l’échelle de chaque territoire.

  • Gouvernance communautaire : Structuration des populations en associations formelles afin de sécuriser les droits d’usage des ressources et de créer un rempart collectif contre la surexploitation et les prélèvements illicites.

  • Synergie acteurs et ressources : Implication directe des autorités locales pour renforcer la légitimité des règles de gestion communautaires et soutenir les efforts de lutte contre la déforestation.

  • Pérennisation : Accent mis sur l’appropriation des méthodes de conservation par les populations locales, condition indispensable pour assurer la survie des acquis après la clôture du financement international.

Note : Le projet a concentré ses efforts sur la biodiversité des zones côtières et forestières, obtenant des résultats particulièrement notables dans le Nord-Est de Madagascar.